Angel Domain the art & music page by Jerome Lefevre

1mai/110

Children of the Grave

Avec Black Sabbath et l’invention du métal, le rock connaissait un sentiment de négativité croissant. Au nihilisme du métal était déjà corrélé à l’époque un goût certain pour l’occulte. On sait par exemple l’intérêt de Jimmy Page pour l’enseignement d’Aleister Crowley et Black Sabbath lui dédiera un titre mythique. On sait aussi l’image satanique déployée ensuite par des groupes comme Venom et Slayer.

Quand Mayhem apparaît dans la seconde moitié des années 80 en Norvège, le metal extrême (death-metal et grindcore confondus) connait déjà une expansion internationale mais les aspirations du groupe sont ailleurs. L’underground Norvégien puise plus volontiers dans le metal viking de Bathory ou dans Celtic Frost. Ils trouvent là une position plus proche de le leur identité. La musique d’Euronymous, Dead, Necrobutcher et Hellhammer (pour reprendre le line-up de Mayhem dans le Live in Leipzig en 1993) n’est plus en rien comparable avec le death-metal de l’époque : elle est plus rapide et plus élémentaire, faisant l’effet d’une masse de son. Elle est « noire » et les chants gutturaux ont cédé la place aux cris de bêtes. Ainsi naît le black-metal Norvégien avec Mayhem, Burzum, Darkthrone et Immortal.

L’image elle aussi est différente de celle des groupes de death-metal. Avant de considérer les exactions et les provocations satanistes auxquelles on associe communément le genre, il convient en effet de souligner qu’il est une des musiques les plus visuelles de la fin du vingtième siècle. Le préfixe « black » est déjà visuel, noir pour la nuit et noir pour la non-couleur. Il définit déjà clairement les ambitions de ses protagonistes. Au début des années 90, les pochettes des disques de Mayhem, de Darkthrone mais aussi d’Immortal sont presque immanquablement des scènes noctures. Les musiciens y adoptent les postures de figures maléfiques à l’image de Venom ou King Diamond avant eux. Les musiciens s’affichent le visage peint en noir et blanc à l’image de cadavres, on nomme la pratique le « corpse-paint ». Cette imagerie devient le symbole du black-metal, il confère un caractère morbide. Non content de ressembler à un mort, Dead le chanteur de Mayhem enterre même ses vêtements et les laisse légèrement pourrir pour « sentir le cadavre ».

Mais le corpse-paint est loin de résumer à lui seul l’image du black-metal. Il est une autre caractéristique majeure qui renseigne sur une dimension imparable du genre. Les musiciens de black-metal aiment se mettre en scène dans des paysages aussi sombres qu’est leur musique. L’ensemble des groupes cités plus haut dédient des titres aux paysages Norvégiens. Les pochettes elles aussi rendent hommage aux paysages nordiques. Le public découvre alors les forêts vallonnées enneigées et les lacs brumeux du pays. De manière plus générale la musique décrit des atmosphères : Funeral Fog, Freezing Moon, The Call of Wintermoon, Blacker than Darkness,  A Perfect Vision of the Rising Northland, Mountains of Might, To Walk the Infernal Fields, A Hill in the Deep Woods, Snow and Spruce Forest, From the World Tree, Norway In September… Le paysage qui différenciera le black-metal Norvégien de celui des groupes d’autres origines géographiques. Le paysage morne devient une esthétique en soi.

Cette vision particulière du paysage confère au black-metal un caractère puissamment romantique. Il devient un paysage incarné, à la fois magique et funèbre. L’esthétique du paysage black-metal n’est sans rappeler des le romantisme sombre de L’Ile des Morts de Böcklin. Ce n’est pas un hasard si Varg Vikernes de Burzum choisit d’illustrer les pochettes de plusieurs albums par des œuvres du peintre symboliste Norvégien Theodor Kittelsen. Connu pour ses représentations de trolls et pour avoir su si bien retranscrire les paysages nordiques, Kittelsen est une institution en Norvège, presque une figure populaire. Si les légendes des trolls et des dieux nordiques fascinent les musiciens, c’est qu’elles sont très présentes dans l’imaginaire collectif des Norvégiens. C’est donc assez naturellement que Varg Vikernes de Burzum puise son inspiration chez Kittelsen et chez Tolkien (c’est dans Tolkien qu’il trouve le nom Burzum) autant que dans le métal. Le musicien se réclame de dieux nordiques comme Odin. Il se différencie des autres pionniers du black-metal en s’affichant en guerrier barbares plutôt que le visage peint. Les armes en général le passionnent. La pochette de l’album Det Som Engang Var est d’ailleurs une interprétation du visuel de la première édition du jeu de rôle Advanced Dungeons & Dragons. C’est aussi dans la présence des légendes nordiques dans les fantasmes des musiciens de black-metal qu’il faut situer leur rapport à la religion. Car faut-il le rappeler : le Dieu chrétien et un prophète débarqué de Jérusalem n’ont pas grand sens à leurs yeux. Leurs revendications anti-chrétiennes ne sont pas tant fondées sur un satanisme convaincu que sur une haine du christianisme en général.

Parmi les aspects déterminants du black-metal, citons enfin son caractère farouchement underground. Au début des années 90, les musiciens de black-metal formaient un milieu extrêmement restreint. Underground parmi l’underground, la jeune scène Norvégiene n’était que très peu relayée par la presse spécialisée metal. Elle était ouvertement boudée et raillée par certains titres. Seuls les fanzines intégralement dédiés au genre permettaient aux fans Européens de suivre la montée progressive du black-metal.

Leur repli est toutefois volontaire. Les membres de Mayhem habitent un temps une maison isolée dans la campagne. Le sous-sol de la boutique de disques d’Euronymous nommée Helvete (Enfer en Norvégien) était devenu le lieu de rendez-vous du Inner (Black) Circle, un groupe sataniste composé de musiciens de black-metal ayant pour but la diffusion du genre et l’éradication du death-metal. L’organisation de musiciens rappelle dans une certaine mesure – la violence en plus – le  groupe littéraire Inklings auquel appartenaient une poignée d’auteurs de fiction comme Tolkien. Le caractère extrêmement complexe et volontairement illisible du logo de nombreux groupes de black-metal ajoute encore à leur désir de brouiller les pistes, de disparaitre par la difficulté, de s’abstraire… Quand apparaissent les groupes mainstream comme Cradle of Filth, les pionniers s’en différencient en revendiquant le label « True Norvegian Black Metal ». Le black-metal originel retrouve alors ses sources old-school à l’instar de Darkthrone. D’autres groupes deviennent ouvertement expérimentaux. Le black-metal - et c’est le cas pour l’ensemble du metal extrême – n’est pas une histoire qu’on vit par procuration.

Ragnarök (Le Crépuscule des Dieux)

Le caractère extrême et misanthrope du black-metal occasionnera bientôt une longue série de crimes en tous genres auxquels on associe immanquablement le genre. Le premier drame survient en 1991 avec le suicide de Dead, le chanteur de Mayhem, la personnalité la plus complexe et introvertie du groupe. Dead s’explose la cervelle au fusil de chasse. C’est Euronymous qui découvre le corps. Ce dernier prend quelques photos de son ami gisant dans son sang le crâne ouvert et un cliché fera la couverture d’un des disques du groupe. Euronymous entretient alors des rumeurs selon lesquelles les membres de Mayhem ont profané la tombe de leur ami et  auraient garni son crâne de salami et d’autres réjouissances, s’en servant de plat. Ils se seraient également confectionné des pendentifs avec des morceaux de son crâne. Avec Mayhem, le cannibalisme fait son entrée dans l’histoire déjà mouvementée du rock. L’année suivante Bard Eithun alias Faust, batteur du groupe Emperor, tue un homosexuel dans un parc de plusieurs coups de couteau, crime pour lequel il est condamné à 14 ans de prison. L’année suivante encore, Varg Vikernes de Burzum se rend chez Euronymous avec un complice, Snorre Ruch du groupe Thorns, et l’exécute de 23 coups de couteau. Le crime pourtant bien organisé, Varg n’en est pas moins arrêté et condamné à une peine de 21 ans de prison. Il s’évadera en 2003 mais se trouve arrêté à nouveau. Le caractère extrême du black-metal voit plus tard apparaitre des personnalités comme Niklas Kvarforth Olsson de Shining qui feint le suicide et la résurrection avec la complicité d’Attila Csihar de Mayhem. Citons également Nattramn du groupe suedois insoutenable Silencer qui passera 5 ans en asile psychiatrique. Citons encore le chanteur d’un autre groupe suédois, Dissection, emprisonné 8 ans pour un crime homophobe et suicidé entouré en 2006.  Entre temps on vit apparaitre une vague d’incendies d’églises en Norvège, les fameuses églises « en bois debout » construites entre le 11ème et le 14ème siècle. Depuis l’incendie de l’église de Fantoft en 1992, on compte en moyenne une dizaine de cas d’incendie d’église dans le pays. Plusieurs auront été revendiqués par Varg Vikernes et par des fans. D’autres musiciens du Black Circle comme Samoth avoueront l’incendie de quelques autres. Fier de son œuvre, Varg utilisera un des clichés de la ruine calcinée de Fantoft pour la pochette de l’album Aske de Burzum. A l’arrestation du musicien pour le meurtre d’Euronymous, la police découvre à son domicile 150 kg de dynamite et 50 kg d’explosifs.

Qu’importe le patrimoine culturel perdu, les crimes sont un temps revendiqués comme anti-chrétien (et non seulement comme satanistes). Après tout « Qu’y aurait-il donc à créer s’il y avait des Dieux ? » comme écrit Nietzsche dans Ainsi Parlait Zarathoustra. Varg Vikernes, qui écrit plusieurs essais depuis sa cellule, croit plus volontiers au dieu Odin et au Ragnarök où les dieux et les hommes mourront. C’est donc un nihilisme très particulier qui caractérise le black-metal : Vivre sur terre par delà le bien et le mal ou bien combattre les valeurs du bien. Comment expliquer sinon qu’une personne éduquée et doté d’un fort sens de la justice comme l’est Varg défende des thèses amorales et prône le chaos.

Graveyard in the snow

Dès le début des années 90 l’artiste norvégien Torbjorn Rodland n’hésite pas à immortaliser plusieurs personnalités du black-metal telles que Fenriz de Darkthrone dans les forets norvégiennes dans une série culte. Plus tard, plusieurs autres artistes (Harmony Korine, Olaf Breuning…) et plusieurs photographes de mode font référence au « Corpse-Paint » charactéristique du genre. Plus récemment le styliste Alexandre Herchkovitsh s’inspire très directement des looks black-metal. Mais outre ces entreprises de récupération, l’inventivité de la scène black-metal, de même que sa charge nihiliste et son caractère extrême n’ont pas tardé à attirer de nombreux artistes contemporains.

L’artiste américain Banks Violette consacre une de ses premières installations - Arroyo Grande 7-22-95 - à l’affaire du meurtre de la jeune Elyse Marie Pahler. A 15 ans, la jeune fille avait été ravie chez ses parents par trois adolescents. Après l’avoir emmené dans un parc, les jeunes agresseurs l’avaient drogué pour la rendre inapte à se défendre avant de la sacrifier au nom du diable. D’abord sanglée au cou pour l’étouffer, elle a fait l’objet de scarifications au couteau – alors qu’elle priait dieu et implorait sa mère – avant d’être violée par chacun des trois agresseurs. Après leur crime, ils avouèrent aussi avoir agi sous l’influence d’une chanson de Slayer qui vantait la nécrophilie et le meurtre de jeunes vierges. Ce crime choqua l’Amérique et le groupe Slayer sera traduit en justice afin d’assumer la responsabilité de ses textes. Pour l’artiste Banks Violette il s’agit d’une pièce qui documente la culture populaire, « cultural studies » d’un nouveau genre. A partir de ce moment, l’artiste va puiser plus directement dans l’iconographie black-metal et ses légendes. Dans Untitled (Church), une de ses pièces les plus fameuses, Banks Violette fait une référence directe à la pochette Aske de Burzum. Il reproduit en bois recouvert de sel une charpente d’église. Pour l’installation de la pièce au Whitney Museum l’artiste a obtenu l’accord de diffuser la musique de Snorre Ruch de Thorns. Sur le même principe, Banks Violette reproduit en sel l’équipement du groupe de drone-doom Sunn O))). Le groupe – incluant Attila Csihar de Mayhem – donnera une performance pour l’inauguration de l’exposition à la galerie Maureen Paley. Le fruit de la collaboration est immortalisé par l’intermédiaire du EP Oracle sorti sur le label Southern Lord.

Matthew Barney s’intéresse également de près au black-metal. Dans les années 90, il est aussi connu pour avoir invité divers musiciens de metal dans ses films : Slayer et Morbid Angel pour Cremaster 2, les groupes de hardcore punk Agnostic Front et Murphy’s Law pour Cremaster 3, de même que Saviours pour Drawing Restaint. L’été 2008, Matthew Barney organise chez lui un grand méchoui pour lequel il convie une série de groupe de black-metal : Copremeis, Inquisition, Dagon, Krallice et S.M.E.S.

L’artiste Elodie Lesourd propose un autre point de vue sur le black-metal. La base de sa démarche est celle d’un peintre, mais une peinture à l’heure du remix. L’artiste reproduit fidèlement des installations fixées par le document photographique d’artistes comme Claude Lévêque, Banks Violette ou Terence Koh. L’artiste transpose par exemple la pièce Untitled (Church) de Violette. Elle décrit ce travail en terme d’« Hyperrockalisme » : un hyperréalisme (pour la facture particulière) adapté à la citation d’installations d’art contemporain marquées par leur culture rock.  D’autres œuvres indépendantes de la démarche hyperrockaliste citent plus explicitement la culture black-metal. C’est le cas de la série Death, War, Famine, Pestilence dans laquelle elle explore les diaboliques logos de Mayhem, Burzum, Darkthrone et Emperor en reliant de simples lignes les points angulaires des dites constructions, obtenant ainsi des pentagrames altérés. Dans Graveyard in the snow l’artiste effacé le logo du groupe Mayhem, ne retenant que les deux croix noires retournées sur fond blanc légèrement penchées à la manière de deux tombes érigées d’un sol enneigé.  Dans Black Pointing l’artiste construit des paysages à partir des images de forêt empruntées notamment à Theodor Kittelsen par Varg Vikernes. Dans une photographie réalisée lors d’un séjour en Norvège, Elodie Lesourd rejoue une posture mythique empruntée à Mayhem, questionnant ainsi la symbolique de l’imagerie black-metal.

Elodie Lesourd est baignée de la culture black-metal qui a émergé au début des années 90. L’artiste explore l’imagerie black-metal dans ses derniers retranchements. Elle ne s’intéresse toutefois pas seulement au caractère sulfureux du black-metal mais bien plus à sa teneur puissamment romantique. Elodie Lesourd et Hunter Hunt-Hendrix partagent une interprétation plus apaisée du black-metal. A l’instar de Stephen O’Malley de Sunn O))) et Attila Csihar (Sunn O))) et Mayhem) ils sont des incarnations « intellectualisées » du black-metal. Mais faut-il le rappeler : le black-metal est – au même titre que le projet du metal extrême tout entier – foncièrement expérimental. De par son caractère expérimental sur le plan musical comme sur le plan esthétique (la complexité du logo, le « corpse-paint », les paysages labyrinthiques…), le black-metal s’adresse directement à l’esprit, à l’analyse.

La musique et la part visuelle du black-metal sont indissociables. Le black-metal pourrait volontiers être comparé à l’art total de L’anneau du Nibelung de Richard Wagner. C’est Ragnarök et la misanthropie exacerbés.

Texte publié dans le C.S.(Conservative Shithead) Journal #2 consacré à Elodie Lesourd

Jérôme Lefèvre, mars 2011.

13avr/110

Damien Deroubaix and Mark Titchner – monumental public art project « Move For Life »

Damien Deroubaix - World Downfall - Jerome Lefevre

Damien Deroubaix move for life World Downfall

Damien Deroubaix "World Downfall" - Move For Life, Paris 2011

Mark Titchner - Another World is Possible - Move For Life 2011 - Jerome Lefevre

Mark Titchner move for life Jérôme Lefèvre 1 Another World is Possible

Mark Titchner - Occupy Everything - Move For Life - Jerome Lefevre

Mark Titchner move for life Jérôme Lefèvre 2 Occupy Everything

Mark Titchner "Another World is Possible", "Occupy Everything" - Move For Life, Paris 2011

Art Direction by Littmann Projects, Basel and Jérôme Lefèvre in the context of Art Paris

5avr/110

Art Paris 2011 – Grand-Palais

DSC_8933 copier

"Poids Lourds" pièces monumentales de Richard Long, Jan Fabre et Jannis Kounellis

SEMIOSE

Stand Semiose : Hyppolite Hentgen, Gilardi, Artschwager, Rousselet, Le Deunff

NOSBAUM

Nosbaum & Reding : Solo show Marcel Berlanger

MORRELET

Stand Oniris par Odile Decq : Morellet, Molnar, Knifer, Nemours

Art Paris 2011, Grand-Palais - (c) photo : Rebecca Fanuele

AD. Jérôme Lefèvre

23sept/100

Art Paris 2010 – Grand-Palais

Running art fairs became boring for collectors and well as for galleries. The format and the program are always so similar. ART PARIS creates an alternative with an art fair of projects that proposes to its collectors and visitors to find the works in a more interesting context, out of the typical booth boundaries.

The Collector's Appartment by Galerie Loevenbruck, In Situ - Fabienne Leclerc, Jousse Entreprise, Laffanour Downtown and Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois

L'Appartement / Art Paris 2010

Douglas White sculpture - Grand Palais - Art Paris 2010

Jérôme Lefèvre - Douglas White sculpture - Grand Palais - Art Paris 2010

25nov/090

Into the Void – Seldon Hunt at Galerie du Jour, Paris

I invited Seldon Hunt to be part of the photography group-show at Galerie du Jour - agnès b. that year. Ryan McGinley, Danielle Levitt and James Gooding are part of the exhibition next to Seldon. This text below has been written for the press release (french) :

Seldon Hunt  présente sa nouvelle série « Unnatural Diorama ». Son oeuvre consiste presque exclusivement en des vues de sous-bois plus ou moins denses mais toujours innoccupés. Rien ne trahit le passage de quiconque ici. La lumière est verte, froide et crue, sombre elle aussi. Déjà figure culte du métal actuel et expérimental, La photographie de Seldon Hunt transite actuellement de l’univers visuel de la musique à l’art contemporain. On le connaît pour la littérature cosmique extrêmement imagée du livret de « The GrimmRobe Demos » de Sunn O))). Son travail de photographe obstinément consacré à sa conception « néantesque » du paysage est régulièrement associé à Sunn O))) et au label Southern Lord (créé par Stephen O’Malley de Sunn O)))). Il collabore avec les non moins cultes Earth, Jesu, Isis, Mick Harris et les Melvins.

Seldon Hunt et Ryan McGinley (aussi montré dans l'exposition) ont en commun une conception du paysage dans laquelle l’homme disparaît. Dans le cas de Seldon il a entièrement disparu. Ils incarnent une nouvelle génération d’artistes en phase avec l’aspiration de plus en plus partagée à se distancier des villes et de son agitation. Se distancier d’une activité humaine surconsommatrice et polluante qui engendre sa propre destruction. Ici on est nu, dans la plus essentielle simplicité, on apprend à disparaître. C’est une nature incarnée et autocentrée comme la voyaient les peintes symbolistes. Pour ses repérages, Seldon Hunt arpente inlassablement des coins de nature vierge situés à proximité de l’environnement extrêmement urbain dans lequel il évolue (Seldon Hunt me confiera qu’au cours de la réalisation de cette série, il faillit une fois être victime d’une balle perdue et une autre fois se battre à coup de trépied).

Jérôme Lefèvre

Seldon Hunt "the void with backlit forest" Unnatural Diorama

Seldon Hunt "the void with backlit forest"

View of the Seldon Hunt series at Galerie du Jour

Seldon Hunt - Installation view at Galerie du Jour

The exhibition will run until the 31th of December.

Galerie du Jour - 44, rue Quincampoix 75004 Paris

please check www.galeriedujour.org - press release to download there.

16oct/091

C.S. (Conservative Shithead) Journal with Damien Deroubaix

C.S. Conservative Shithead - drawing by Damien Deroubaix

C.S. Conservative Shithead - drawing by Damien Deroubaix

C.S. (Conservative Shithead) is an Art Journal made as a grindcore fanzine.  Damien Deroubaix and  Jérôme Lefèvre are the editors, Monografik is the publisher. The aim of C.S. Journal is to reveal the influence of extreme metal culture on the work of contemporary artists. Each time, an artist is invited to concieve a monographic publication on his musical culture. The first issue is dedicated to Damien Deroubaix and grindcore with contributions by Mick Harris and Jeff Walker. Other issues will come each time with artists Mark Titchner, Banks Violette, Matthew Barney, Steven Shearer, Amy Sarkisian, Mael Nozahic and others.

C.S Journal is published in English. This text below is the french version of the main essay of the first issue :

THE END OF MUSIC AS WE KNOW IT

L’histoire commence au Mermaid, un club où se produit la scène punk locale de Birmingham. Un groupe nommé NAPALM DEATH s’y produit de plus en plus régulièrement. Fondé par Nick Bullen et Justin Broadrick en 1981 et bientôt rejoints par le batteur Mick Harris, NAPALM DEATH affiche une rapidité et une agressivité jusqu’alors inégalée dans la scène punk. Le trio enregistre une démo titrée « Hatred Surge » annonçant déjà un prophétique «The End of Music As We Know It ».

La musique de NAPALM DEATH, savamment revendiquée comme du bruit, est qualifiée de « grindcore » par son batteur. C’est aussi à Mick Harris qu’on doit l’invention du « blast-beat », martèlement des caisses claires et des grosses caisses avec la rapidité et la violence d’une mitrailleuse. Avec les distorsions extrêmes et les chants gutturaux, le « blast-beat » est une caractéristique majeure du grindcore et du death-métal.

« Scum », le premier album de NAPALM DEATH, reconnu comme l’album culte et fondateur du grindcore, a été enregistré pour l’équivalent de 50 Euros. Deux formations différentes livrent chacune une face de l’album, sur la seconde apparaissent le chanteur Lee Dorian et le guitariste Bill Steer. « Scum » commence dans une déflagration de distorsions de guitares bruitistes aux accents industriels sur une phrase répétée en boucle : « Multinational Corporations – Genocide of the starving Nations ». S’enchaînent ensuite 28 titres efficaces au propos des plus limpides : Instinct of Survival, Siege of Power, Prison Without Walls, Success, C.S. (Conservative Shithead)… Avec ses 1,316 secondes, le morceau « You Suffer » sera plus tard classé dans le Guiness des Records comme la chanson la plus courte de l’histoire. Principalement porté par le label Earache et défendu en masse par le célèbre homme de radio John Peel (note : notamment connu pour ses Peel Sessions, John Peel a également découvert et défendu des musiciens comme David Bowie, JOY DIVISION, THE SMITHS ou THE WHITE STRIPES.), le grindcore sera incarné par divers groupes tels que SIEGE, LÄRM, HERESY, ELECTRO HIPPIES, EXTREME NOISE TERROR, CARCASS, TERRORIZER, S.O.B., O.L.D., BRUTAL TRUTH, BRUJERIA, AGATHOCLES, DISRUPT, CRIPPLE BASTARDS, NASUM, FUCK THE FACTS, CLITEATER, LOCK-UP ou AGORAPHOBIC NOSEBLEED.

BULLSHIT DETECTOR

Le grindcore est une conséquence directe du crust-punk incarné par CRASS et DISCHARGE. DISCHARGE se distingue dès 1981 avec un punk radical et hardcore empruntant au heavy-métal, il invente le d-beat (également exploité par MOTÖRHEAD). CRASS fonctionne alors déjà comme un collectif mêlant conjointement musique, graphisme, film et activisme. Anti-consumériste et anti-globalisation, CRASS contrôle chaque étape de production et distribution de ses disques. C’est sur des compilations « Bullshit Detector » de Crass Records que sont édités le premier morceau enregistré par NAPALM DEATH et un titre de la démo d’AMEBIX. (Note : CRASS édite alors plusieurs autres groupes dont KÜLK, le premier groupe de Björk). La philosophie crust-punk incite les jeunes à vivre en communauté dans des squats et à refuser certains types de produits de consommations. Outre cette marginalité anti-consumériste (qui trouve un écho aujourd’hui dans la « décroissance volontaire », le crust-punk est marqué par son pro-féminisme, credo largement défendu par CRASS et qui trouve peut-être aujourd’hui dans la présence féminine dans le grind-core avec des musiciennes telles que Susan Gerl (CLITEATER, DESENSITISED, GOD DETHRONED), Katherine Katz (AGORAPHOBIC NOSEBLEED) ou Mel Mongeon (FUCK THE FACTS). Si le rock s’impose à l’aube des années 50 comme une religion post-nucléaire, le crust-punk s’érige comme un cocktail molotov lancé au visage d’un capitalisme à la fois conservateur et libéral.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le grindcore. NAPALM DEATH sera d’ailleurs révélé sur scène en faisant l’ouverture d’AMEBIX au Mermaid. Mais le nouveau langage pousse la rapidité jusqu’à la limite de ce que les capacités physiques humaines peuvent permettre autant pour les batteurs que pour les guitaristes et les chanteurs. Les mots n’ont plus le temps d’être articulés. Le propos se concentre souvent sur des décharges d’énergie de quelques secondes : La rapidité pour l’urgence, la violence pour la gravité du propos. Mais derrière cette violence conceptuelle, le grindcore et le crust-punk se situent d’avantage sur le terrain d’une critique constructive plutôt que dans la négation « no future » d’un punk imprimé sur carte postale en souvenir de Londres. Rien à voir avec Malcolm McLaren.

Les textes de NAPALM DEATH et des autres groupes phares du grindcore s’apparentent volontiers aux propos de Noam Chomsky. Les textes des morceaux et les speechs plus ou moins longs entre les morceaux dénoncent successivement la guerre, la violence des Etats, la domination capitaliste des multinationales, la globalisation, les religions, le racisme, la misogynie, la pollution industrielle, la consommation outrancière, la publicité ainsi qu’un questionnement régulier de la légitimité des autorités policières et étatiques.

DEATH-METAL

La naissance du grindcore coïncide aussi avec celle du death-metal. Au début des années 80, les réseaux underground tissés entre les musiciens reposent sur l’échange systématique de cassettes autoproduites. C’est ainsi que Mick Harris et Nick Bullen découvrent le punk hardcore de SIEGE et les premiers groupes de death-metal comme DEATH et REPULSION. Sur l’héritage de SLAYER et autres groupes de thrash-metal (METALLICA, MEGADETH, KREATOR, DESTRUCTION, etc.), les pionniers du death-metal inventent un langage musical extrême aux propos essentiellement centrés sur la mort et les thèmes gore. Si le death-metal reprend des éléments musicaux du grindcore (blast-beats, chants gutturaux, etc.), ce nouveau genre vise autant la rapidité d’exécution que sa perfection technique. Ici, le thème de la mort est un concept en-soi. Pourtant, le death-métal s’apparente à l’art conceptuel chez certains groupes. Ainsi CARCASS se consacre essentiellement au gore autant à travers les pochettes de disque qu’au travers de textes érudits. Même les solos de guitare portent les noms de diverses maladies et scènes gore imagées. BOLT THROWER a consacré sa carrière entière aux récits guerriers. CANNIBAL CORPSE, enfin, affiche la violence la plus radicale : musique rapide et complexe, textes illustrant les crimes gore les plus sordides en donnant dans les tabous les plus insoutenables.  Les groupes satanistes comme le légendaire MORBID ANGEL puis DEICIDE apparaissent. Certains groupes restent en marge comme le cultissime OBITUARY qui livrait avec « Cause of death » un des meilleurs albums du genre. Musicalement, une quantité importante de formations death-métal devient de plus en plus technique. DEATH, le premier groupe du genre créé par Chuck Schuldiner, restera longtemps la référence en terme de complexité technique. Suivront ensuite ATHEIST, SUFFOCATION, PYREXIA ou CRYPTOPSY. Avant sa disparition due à un cancer, Chuck Schuldiner a exploré les limites techniques du death-métal avec les projets CONTROL DENIED et ZERO TOLERANCE. Puisant également dans le registre de la provocation typique du death-métal, plusieurs formations grindcore se distinguent à travers des thèmes porno et gore (GUT, ANAL CUNT, CLITEATER, AGORAPHOBIC NOSEBLEED) valant à d’autres de renforcer leur positionnement politique comme AGATHOCLES en proposant le terme Mincecore.

NO BOUNDARIES

Après l’enregistrement du EP “Mass Appeal Madness” en 1991, Mick Harris quitte NAPALM DEATH et forme SCORN avec son ancien compère Nick Bullen. Avec la participation de Justin Broadrick (du groupe GODEFLESH), le premier album de SCORN voit la réunion des trois musiciens ayant enregistré la démo « Hatred Surge » et la face A de « Scum ». Industrielle, ambient, dark-hop puis dubstep reposant sur l’utilisation de basses grasses et lourdes et des rythmes déconstruits, la musique de SCORN a toujours un temps d’avance sur la scène électronique. « Evanescance » et « Gyral » sont deux chefs d’œuvre de SCORN.

Le grindcore a vite séduit les musiciens d’avant-garde dans le jazz et la musique contemporaine. John Zorn amateur de longue date de grindcore (NAPALM DEATH, CARCASS, THE ACCÜSED, etc.) fonde NAKED CITY en 1988. Constitué de musiciens de jazz (John Zorn, Fred Frith, Bill Frisell, Joey Baron et Wayne Horwitz), la formation enregistre des versions grindcore d’Ennio Morricone, de John Barry, Ornette Coleman et George Delerue. NAKED CITY revisite Claude Debussy, Morton Feldman et Olivier Maessien aussi bien que NAPALM DEATH, CARCASS, SIEGE, AGNOSTIC FRONT, OLD ou REPULSION (voir notamment les albums « Naked City », « Torture Garden » et « Radio ». John Zorn et Bill Laswell (bassiste révélé par Herbie Hancock et ayant enregistré avec les plus grands musiciens de notre temps de Miles Davis à Iggy Pop) s’associent directement à Mick Harris pour créer PAINKILLER dont le label Earache édite les deux premiers disques. A travers ses différents projets, Mick Harris est à lui seul à l’origine de nombreux courants musicaux actuels. En 1996, James Plotkin (chanteur/guitariste du groupe de grindcore O.L.D.) est élu meilleur guitariste expérimental avec l’album « Protoplasmic » co-produit par Mick Harris. Les deux compères sont les pionniers du drone-métal actuel. Le grindcore et le death-métal connaissent des répercussions dans de nombreux genres musicaux actuels comme le death-rap – mélange de death-métal et de rap - initié par NECRO (note : le rappeur NECRO collabore par exemple avec OBITUARY, SEPULTURA, SUFFOCATION, THE CRO-MAGS, etc.)et le horrorcore de MORDOM en France. Dans son album « Sounds of the Animal Kingdom » BRUTAL TRUTH surprenait également avec une reprise de Sun Ra et un morceau exploitant la technique du déphasage à la manière des premières pièces du compositeur Steve Reich. Le grindcore et le death-métal sont en-soi et demeureront, de par leur caractère volontairement extrême, des musiques expérimentales piquant la curiosité des amateurs d’esthétiques singulières. Impossible de ne pas être interpellé par l’intelligence visuelle déployée par des groupes comme NAPALM DEATH, CARCASS, les mexicains BRUJERIA aussi bien que par CRASS, DISCHARGE ou le groupe black-drone-doom SUNN O))). Dans l’art contemporain, ces esthétiques typiques trouvent en premier lieu des répercussions dans l’œuvre de Damien Deroubaix puis dans celles de Banks Violette, Steven Shearer, Mark Tichtner, Amy Sarkisian ou Joao Onofre. Matthew Barney a invité des membres de SLAYER, MORBID ANGEL, AGNOSTIC FRONT et MURPHY’S LAW dans le cycle Crémaster. L’esthétique de Damien Deroubaix, dans ses peintures et grandes scupltures, possède à la fois l’intelligence, la rudesse et l’immédiateté du grindcore intactes.

QUESTIONS DE MODERNITES

Avec la fin des avant-gardes, l’art contemporain entrait dans sa phase post-moderne. La musique savante connaissait le même sort avec les compositeurs de musique minimale Américains radicalement opposés à la musique sérielle Européenne. Se consacrant tout entier au langage musical millénaire et éternel qu’est le drone, La Monte Young cessa très tôt son intérêt pour les avant-gardes, non sans les taxer d’académisme. Les pièces pour bandes magnétiques de Steve Reich seront les dernières compositions minimales modernes. Fi de la modernité dans l’histoire de l’art et du répertoire.

A la fin des années 40 apparaissait pourtant un langage musical qui échappe à l’histoire de l’art « éduquée », le rock’n’roll. Bien qu’il ait dû sembler très académique aux oreilles de compositeurs comme Gyorgi Ligeti, le rock’n’roll pénètre la culture de masse avec une radicalité moderne, une radicalité adolescente contestatrice. Devant l’ampleur du phénomène les médias Américains tenteront la censure. En France le Préfet Maurice Papon tenta également d’en interdire la diffusion. Modernes encore seront successivement le punk, ses versions hardcore, la no-wave ou le métal. Aussi bien que Merzbow ou Keiji Haino le sont. Par le caractère même de leur langage musical comme de leurs propos, le métal extrême – grindcore en tête – constituent en réalité des avant-gardes contemporaines. Aussi politiques que pertinentes en termes esthétiques, le grindcore, le death-métal et le black métal inventent de nouveaux codes, de nouvelles légendes à la fois underground et populaires.  L’histoire de l’art « éduquée » et l’histoire populaire ne sont donc pas exactement en phase sur la question de la modernité. Rappelons pour s’en assurer que le rock nourrira des compositeurs modernes comme Karlheinz Stockhausen (en l’occurrence par l’influence du groupe Allemand CAN) et plusieurs générations d’artistes Américains comme Mike Kelley ou Steven Parrino avec le punk. Les compositeurs contemporains les plus innovateurs aujourd’hui sont également ceux dont la musique est marquée pas l’influence des formes récentes du rock. Dans un tel contexte, il est tout naturel que l’influence du grindcore sur les artistes d’une nouvelle génération pique notre curiosité. Aujourd’hui les artistes Mark Titchner et Damien Deroubaix apparaissent comme deux cas particulièrement intéressants.

A la fois marqué par l’esthétique des collages de John Heartfield et les pochettes de disques de Jeff Walker (NAPALM DEATH, CARCASS) et Larry Caroll (SLAYER), Damien Deroubaix produit une peinture noire, grise et verte habitée par des monstres difformes, des écorchés, des militaires et des billets de banque poussant sur les arbres. Ses œuvres graphiques comme ses sculptures sont immanquablement accompagnées de textes cut-ups reprennnant des formules choc qui résonnent comme les hurlements des chanteurs de grindcore et de métal : Exhume to consume (CARCASS), Mass Appeal Madness (NAPALM DEATH), World Downfall (TERRORIZER), Inhale/exhale (NASUM), etc. A la frontière entre « high » et « low » culture, l’œuvre de Damien  Deroubaix n’adhère pas plus à des codes esthétiques contemporains que modernes ou anciens. Puisant à part égale dans les avant-gardes constructivistes et dans le grindcore, Mark Titchner produit quant à lui une œuvre consistant en des machines de torture psychologiques crasseuses. Il est d’ailleurs connu pour ses œuvres imprimées sur papier et sur toile qu’il place volontiers dans l’espace public comme des publicités radicales.

Mark Titchner et Damien Deroubaix ont en commun une utilisation de formules choc destinées à semer la confusion par une communication absurde. Les messages sont tantôt totalement désordonnés, tantôt résonnent comme des messages subliminaux, les ordres d’une société aux principes déraisonnés. La littérature – en partie empruntée au grindcore – des deux artistes souligne l’absurdité et la vacuité des messages dont l’ère de la communication nous abreuve quotidiennement. Critiques envers les rouages médiatiques et leur volonté intrinsèque de domination par l’occupation de l’espace mental, Damien Deroubaix et Mark Titchner démantèlent la « fabrique du consentement » par leurs œuvres aussi bien que Noam Chomsky par ses conférences et que le grindcore par son bruit intelligent.

Jérôme Lefèvre

You can get the C.S. (Conservative Shithead) Journal, informations and picture of it at : jerome@angeldomain.com

15sept/092

Beauty Flow issue 4 « Black Monochrome »

Photography Diego Gimenez - Graphic design Bastien Coulon - Direction Jerome Lefevre

Photography Diego Gimenez - Graphic design Bastien Coulon - Direction Jerome Lefevre

15sept/093

Discussion with Bob Nickas

From a discussion between Jerome Lefevre and Bob Nickas / as published in Beauty Flow issue 4

 

JL :  Steven Parrino was one of the first "fan artists." He used his own rock references as an art language. Do you agree with that?

BN :  Parrino comes after Dan Graham, who wrote about the Kinks in the '60s and about punk rock in the late '70s. One important essay deals not only with that music in general, but with punk rock and the feminine - bands like the Raincoats and the Slits - and of course his video "Rock My Religion" addresses issues surrounding music, performance, and ritual in a way that had not been done before. Graham suggests an incantatory, religious aspect to performers such as Patti Smith and bands like Fugazi, and in his mind, moshing is a transcendent, communal rite, and he ends up overlaying the frenzy of the Shakers with hardcore. Parrino's integration of popular and high culture, particularly his references to music, is not unique within his generation, but insists on the equal value of painting and the noisy, anarchic gesture, and manifested on the canvas itself. There's a song by the band Redd Kross, "Notes and Chords Mean Nothing To Me." Parrino felt that way about painting. Painting, after its "end" was meant to exist in a disrupted field. I think that if Parrino was here today, he would agree that it's Robert Smithson who brought rock references to art.

 

JL :  Yes, moshing is a kind of ritual, and I also consider rock music as a post-nuclear religion, really. But for me, with some artists like Steven Parrino — I could also mention Jeremy Deller, Banks Violette or Damien Deroubaix — the music they liked deeply influenced their work, aesthetics, moods, and statements. That way Parrino is very different from Dan Graham who studied the music of his time mostly through its social character. As you were close to Steven, do you know much about his musical tastes and the things he used to listen in the studio?

BN :  Parrino listened to No Wave, in particular to Teenage Jesus & the Jerks, to Lydia Lunch, and DNA, and he was really into the Germs and the Ramones. Definitely a fan of Poison Idea, and I think he loved that it was difficult for them to tour because collectively they weighed over a thousand pounds. We went to see shows by the Butthole Surfers — incredible sensory overload experiences, strobing lights, insane movies, and everyone tripping on psychedelic mushrooms. That would have been the late '80s/early '90s. I wish someone had made a list of his record collection before it got hauled away from his studio, because now the records lay abandoned in the basement of a boring suburban house on Long Island. People would probably be surprised that Parrino was totally into the Grateful Dead. But think about the idea of the Dead and his work coming after "the death of painting" — Parrino's painted necrophilia. He used to talk about seeing Dead shows at the Nassau Coliseum, close to where he grew up, that would descend into darkness and chaos, two of his favorite subjects! He certainly brought that feeling into the music he played with Jutta Koether in Electrophilia, and that feeling was very present in his paintings as well.

 

JL :  Electophilia is really great, it sounds like an extreme Industrial music. Apart from that, did he ever play in a rock band?

BN : I don't know all the people Parrino played with over the years, but he did team up a number of times with John Terhorst, best known from a band called Reverb Motherfuckers. He and Steven are featured on the first side of a single that John Armleder put out on his Villa Magica label. They were known as Electrophilia Vs. LSD 25. On the other side is a cover of the DNA song, Blonde Red Head, which has the painter Steve DiBenedetto on drums. But quite a bit of Parrino's music was just him - solo.

 

JL : It's always interesting to me when you make references to music in your writings. How did you come to publish a text on the Melvins, and did you write other texts dedicated to music?

BN :  I'm a big Melvins fan. They're one of my favorite bands, so smart, so funny, and at times really heavy and evil. The piece on them was co-written with Jutta Koether, and published in Artforum in 1994. My sense of their music at that time, specifically from seeing them play live, was that it had a relationship to weight, mass, and form — to sculpture — and so I thought it would be much more interesting to write about them in the context of an art magazine than anywhere else. I've written other texts on music, although they've usually been published in music journals. I've written about The Fall, one of my other long-time favorite bands. Recently, for a show at the Museum of Contemporary Art in Chicago, "Sympathy For the Devil," I wrote a recollection of New York's downtown No Wave scene of the late '70s/early '80s, centered on a band that I was friends with and followed for quite a while, The Feelies. Writing that made me realize something: what inevitably happens, if you were in a particular place and time that had a lot of energy and made an impression — usually after-the-fact for a younger generation — is that you end up being a kind of memoirist. It helps if you can actually remember all those drunken, druggy nights so many years later, but if you're a good storyteller you can always fill in the blanks. A good story is never an absolutely faithful accounting of what happened, but the sharing of your experience that somehow vividly captures how a moment felt, and places the reader in that space. It would be great if art writing was more like that, but that's asking a lot.

 

JL :  I guess that it had a kind of influence on you. Does music ever influence your choice as an art curator and critic?

BN :  Seems like music is a more honest, direct, less pretentious world than art — maybe because there's less money involved — and so obviously there has been an influence on my thinking and approach, a very positive influence, to say what one really thinks and not mislead people, or hedge any bets. In the art world, you often get the feeling that you're playing a game of poker, and everyone holds their cards — what they really think — very close to the vest. There's a lot of polite deception in the so-called art world. People are used to saying, "Nice show. Congratulations." But in music, if a band flames out, plays a bad show, believe me, no one goes backstage and pats them on the back in such a fake, condescending way.

 

Jerome Lefevre with Bob Nickas

14sept/090

Grindcore is a mind opener

Grindcore is a mind opener. From its sources in crust-punk and industrial music to its actual forms, Grindcore is the most interesting popular experimental music ever. More than a musical style, grindcore is a philosophy and an unformal matter you can reinvent each new day. That how Nic Bullen, Justin Broadrick and Rat created it at the time they performed live on stage with the early NAPALM DEATH. The grindcore mindset is also the source of projects like FALL OF BECAUSE (Benny G.C. Green and Justin Broadrick occasionally rejoined by Mick Harris and Nicholas Bulen) and FINAL (drone noise act started in 1982 by Justin with Nic Bullen and G.C. Green). 

Grindcore was a performance act. For some bands it still is. Grindcore is a raw discharge of political-ethical energy on stage with extreme low non-understandable vocals, crapy distorded guitars and fast drums assaults.

At the very begining its inventors did'nt even thought to sell it on records. With the venue of Mick Harris on drums with NAPALM DEATH, grindcore established itself as a new music genre. This new kind surpassed the early crust influences (CRASS, DISCHARGE, AMEBIX...) and Industrial (SWANS, THROBBING GRISTLE...). Mick played the drums as fast as a human could do, came up with the named "blast-beat" and "grindcore". Mick Harris drums were even faster than SIEGE and LÄRM. With the quickness, the vocals seemed even more unnatural, as catched on "Scum" debut album. Grindcore passed from trape-trading ethics to record industry thanks to Mick and Digby at Earache Records.

NAPALM DEATH's "Scum", SCORN's first album "Vae Solis" and PAINKILLER (consisting Mick with John Zorn and Bill Laswell) prepared my ears for experimental music. Grindcore and free-jazz are quite similar in term of language. The main difference resides in the noise-making intention of grindcore. One famous statement for grindcore is "MAKE NOISE NOT MUSIC" and there's a logo for that we can find on many grindcore tapes, records, fanzines and website. Only the record industry impose to some grindcore figures to act as professionnals.  

Grindcore's minset influenced not only my tastes in music. It made my conception of aesthetics wide open and made me understand contemporary art as i wasn't prepared to it at all. Thanks to my activity as a writer for music fanzines as a teenager i finally discovered the music and the work of visual artists like Tony Conrad, Christian Marclay, Mike Kelley and Raymond Pettibon. Grindcore is a mind opener, grindcore is life.

Jerome Lefevre

  • Nicholas Bullen currently works as a sound artist and as a member of LIGHTTRAP.
  • Mick Harris currently works as SCORN and LULL. 
  • Justin Broadrick currently plays in JESU and FINAL. He announced a reformation of the legendary GODFLESH industrial band with G.C. Green.

Catégories

Tags

Archives

Liens